Les tensions sont inhérentes à la
vie de couple. Elles peuvent être nocives ou bénéfiques pour le couple, selon qu’elles sont bien ou mal gérées. L’échec de bon nombre de relations est dû à
la mauvaise gestion des tensions qui y interviennent. Toutefois, elles peuvent
être positives en ce sens que, grâce à ces malentendus, ces différends, les
partenaires parviennent à se comprendre mutuellement, à connaître les défauts
et les qualités de chacun, les attentes et les désirs de chacun, ce que l’autre
aime et n'aime pas, etc. Ainsi, la gestion des conflits dans la vie de couple
se révèle cruciale pour maintenir une relation saine et épanouissante. Schermerhorn, J. R. et Al, dans
leur ouvrage « Les conflits et la négociation, dans Comportement humain
et organisation (5e édition, p. 495‑525) », ont identifié différents
types de résolution de problème dans les entreprises. Cependant, même s’ils
sont conçus pour le milieu professionnel, je considère qu’ils se manifestent
aussi de la même façon dans la vie de couple. Cet article propose ces
différents types de résolution de problème dans l'optique de proposer l’option
la plus fructueuse pour la pérennité des couples.
L’accommodation est
la stratégie de résolution de crise qui consiste à céder à la partie adverse, à
se contenter de certains points d’entente en vue d’éviter une dégénération du
problème et de maintenir ainsi une harmonie superficielle. Ce type de gestion
de crise n’est pas le plus optimal dans la mesure où la partie qui accommode
n’éprouve pas une satisfaction totale de ses attentes. Le conflit reste latent
et peut, par conséquent, générer « des frustrations et de la
rancœur » [1]. De ce point de vue, sa réapparition peut se produire à
tout moment.
Compromis : dans ce type de résolution, le
problème ne sera résolu que partiellement, puisque chacune des parties
concernées tend à céder face à l’autre sur certains points jugés cruciaux afin
d’amoindrir les dégâts. L’idée ici est de résoudre partiellement la crise pour
éviter qu’elle s’envenime. Seulement, étant donné qu’il n’y a pas une
satisfaction entière, une tension de la même nature peut se révéler au grand
jour à tout moment.
Évitement : Ici chacun des concernés évite
d’aborder le sujet à tout prix. Le problème fait l’objet d’une ignorance comme
s’il n’existait pas, et ceci dans l’optique d’éviter de secouer les liens.
L’évitement se produit souvent quand l’un des partenaires ou les deux sont
réfractaires aux rétroactions, aux reproches. Ceci se révèle être une méthode
assez dangereuse de résolution du conflit puisque, de toute évidence, non
seulement il risque de resurgir, mais avec l’accumulation possible d’autres
types de frustrations, de malentendus, etc., le conflit risque de se manifester
de la manière la plus violente possible.
Affrontement ou contrainte : cette stratégie consiste pour l’une
des parties à dominer le dialogue au moyen de l’autorité. Il s’agit d’une
stratégie qui ne permet pas la reconnaissance de la légitimité des sentiments,
des préoccupations de l’autre. Tout ce qui compte, c’est ce que la partie
dominante souhaite imposer comme solution ou décision finale. Cette stratégie
est nuisible à la vie de couple en ce qu’elle a tendance à écraser l’un
des partenaires, réduire sa volonté et ses opinions à néant. Le couple qui fait
face à ce genre de réalité file, de toute évidence, vers sa destruction. Cette
stratégie est souvent constatée dans les sociétés patriarcales, comme la société
sénégalaise et d’autres sociétés de même nature où l’on note la domination de
l’homme sur la femme. Il arrive dans ces types de société que, dans plusieurs
ménages, la femme n’ait pas son mot à dire. Si elle tente de manifester
ses préoccupations, elle sera considérée comme une femme problématique,
insoumise, rebelle, anticonformiste. Dans des sociétés matriarcales, c’est la
femme qui abuse de son autorité. En tout état de cause, peu importe que l’abus
provienne de la femme ou de l’homme, cette stratégie est à éviter absolument
parce qu’elle est très nuisible au le couple.
La résolution de problème est la solution idoine. Elle
consiste en cette volonté d’obtenir la satisfaction des deux parties, et ceci en
mettant le problème sur la table et en en discutant avec une volonté sincère de
saisir l’origine du problème et de trouver un consensus qui arrangera les deux
parties. Cette stratégie prône le dialogue dans le couple et nécessite l’écoute
attentive, la flexibilité et l’ouverture d’esprit des partenaires. Beaucoup
de couples s’effritent au moment de l’apparition des conflits à cause justement
de l’absence de cette flexibilité, de cette ouverture d’esprit des partenaires.
En effet, souvent au lieu de s’écouter mutuellement pour mieux saisir les
préoccupations de chacun afin de se réajuster pour le bien du couple, certains
préfèrent minimiser le problème, s’offusquer ou refuser de reconnaître leur
part de responsabilité. Et ceci n’est pas une voix vers la résolution du
problème parce qu’il est essentiel dans la vie de couple que chacun des
partenaires soit sensible, attentif aux préoccupations de l’autre pour éviter
l’accumulation de frustrations qui peut mener vers la destruction des liens qui
les lient.
Cette stratégie implique un certain
nombre de résolutions que je vais citer dans les lignes qui suivent :
D’abord la prise en conscience de
l’imperfection de l’humain : Les
hommes et les femmes doivent être conscients de leur imperfection. En effet, l’expression « Nul
n’est parfait » est très utilisée dans le langage courant, mais force est de
reconnaître que la plupart du temps, les gens agissent comme des êtres
parfaits. Autrement dit, il arrive souvent que les personnes
ne soient pas ouvertes aux remarques, aux rétroactions. Lorsqu’on les interpelle sur leur conduite, leur vision des choses ou leur façon de s’adresser à leurs semblables, ils ont tendance à se mettre sur la défensive, à prendre ces remarques comme une attaque contre leur personne. C’est le prototype de personne qui ne sera pas ouvert au dialogue une
fois en couple, et ceci n’est pas bénéfique à la relation. La prise en compte
de son imperfection confère à l’humain une grande ouverture d’esprit et de
flexibilité. La personne qui est consciente de son imperfection ne trouvera pas
de problème dans les rétroactions qu’elle reçoit de la part de son ou sa
partenaire. Au contraire, elle accueillera positivement ces observations parce
qu’elle les considérera comme constructives pour le couple.
Ensuite, cesser l’évitement des
conflits qui interviennent dans le couple : comme relaté plus
haut, l’effritement de beaucoup de couples est dû à l’évitement des
conflits qui y surviennent. Les partenaires devraient envisager l’idée de
cesser de fuir les conflits s’ils tiennent à la réussite de leur relation
amoureuse ou de leur ménage. Ils ont à être conscients que les conflits sont
normaux et peuvent, dans une certaine mesure, être bénéfiques à l’union. En
effet, les deux personnes qui décident d’unir leur vie viennent le plus souvent
de familles différentes, ont, de surcroît, reçu une éducation différente et ont
souvent des parcours dissemblables. Ceci leur confère des habitudes et une
vision des choses souvent distinctes. Par conséquent, il est tout à fait normal
que des malentendus, des points de discorde, des conflits d’intérêts
apparaissent dans la relation.
En outre, c’est à travers les
conflits que les partenaires arrivent à saisir leur personnalité mutuelle, à se
comprendre comme je l’ai déjà expliqué plus haut. Tous les conflits ne sont pas
destructeurs de la relation, certains sont, au contraire, consolidateurs s’ils
sont bien gérés. Fuir les conflits n’est pas forcément garant d’une stabilité
pour les partenaires. En effet, les partenaires qui décident de mettre fin à
leurs relations pour éviter les conflits risquent de rencontrer des problèmes
de même nature ou de nature différente avec d’autres partenaires, et ceci est
dû au fait que les tensions sont inhérentes à la vie de couple. Il devient dès
lors presque impossible d’y échapper, alors autant les affronter pour avancer
ensemble au risque d’être dans un éternel recommencement.
La société sénégalaise, particulièrement, a préparé la femme à la résignation face aux conflits, mais elle a omis d’y préparer les hommes. C’est une société qui est très laxiste à l’égard de ces derniers, tout en étant, au même moment, très exigeante quand il s’agit des femmes. Elle a tendance à avancer l’idée que « Goor
foumou amé diameu rek lay tok » (l’homme ne reste que là où il
bénéficie d’une quiétude d’esprit et d’une stabilité sociale). Cette conception est ancrée dans la mentalité de beaucoup d’hommes sénégalais et d'africain de manière plus large. Ils ont donc tendance à souvent répéter cette expression dans leur langage courant, et ils la matérialisent également dans leur vie de couple. C’est ainsi qu’on remarque souvent que, lorsque les conflits s’accumulent dans la relation, ils ont tendance à s’en lasser et à s’y retirer, ou, s’il s’agit d’un mariage, à épouser une autre femme (pour les musulmans). Cette conception établie par la société place inconsciemment beaucoup d’hommes sénégalais dans cette quête perpétuelle de stabilité et, en fin de compte, dans un perpétuel recommencement. Je saisis cette occasion pour sensibiliser les hommes au fait que le silence dans le couple ne signifie pas nécessairement que la stabilité y règne. Si personne n’a manifesté son insatisfaction, ses remarques, ses frustrations, cela peut, aussi, signifier que ce sont les autres types de résolution de conflits qui prévalent dans le couple, comme l’évitement, l’accommodation ou l’affrontement et la contrainte. Autrement dit, s’il y a silence, il se pourrait que la femme avec qui l’on est n’ose pas s’exprimer de peur de voir son partenaire la fuir ou minimiser ses préoccupations en continuant à répéter les mêmes actions ou transformer le dialogue en une dispute. Et, toute résignation ayant une limite, le sentiment de mépris ou de haine peut, à la longue, s’installer chez elle et anéantir leur relation. Je recommande dès lors aux couples unis encore par l’amour et des intentions sincères d’éviter de fuir les problèmes, de les affronter pour la consolidation de leur relation.
La prise en compte que la relation
est censée durer pour la vie : Le taux de séparation de couples mariés ou non mariés ne cesse de grimper dans beaucoup de pays. L’une des raisons est la banalisation des relations, surtout les couples non mariés. Les partenaires ont tendance à se lasser très vite, et puisqu’il n’y a pas encore d’engagement officiel et la relation n’est peut-être connue que par un cercle restreint, lorsque les problèmes s’accumulent, les partenaires, dans plusieurs des cas, ne fournissent plus beaucoup d’efforts pour maintenir la relation. Ils préfèrent généralement la facilité qui est de mettre fin à la relation afin d’en entamer une autre, espérant là-bas une certaine stabilité. Or, comme je l’ai dit plutôt, les conflits font partie intégrante de la vie de couple, peu importe la personne avec qui on choisit de bâtir une relation. Dans cette situation, plutôt que de passer d'une relation à une autre à la recherche d'une hypothétique stabilité, je suggère aux partenaires de s'engager à renforcer leur relation actuelle si l'amour est toujours partagé et que les intentions restent sincères. Que cela soit les couples mariés ou non mariés, mais qui entretiennent une relation sérieuse avec l’ambition d’évoluer vers le mariage, les partenaires devraient développer l’esprit qu’ils sont ensemble pour le meilleur et pour le pire. J’entends par pire les malentendus qui se manifestent dans le couple. Cette conception de leur union leur donnera l’envie et la détermination de surmonter tous les obstacles qui se présenteront sur leurs chemins.
L’instauration d'un dialogue sincère
dans le couple :
La communication est un élément essentiel dans une relation, que cela soit un couple marié ou non. Les couples qui réussissent le plus sont ceux qui ont compris ce secret et qui le concrétisent au quotidien. Je recommande aux partenaires d’instaurer le dialogue dans leur vie de couple. Il ne s’agit, cependant, pas de n’importe quel dialogue. S’il s’agit de discuter avec son ou sa partenaire, d’écouter toutes ses préoccupations pour ensuite les ignorer, les minimiser ou reprendre les mêmes actions qui dérangent, ceci ne peut être considéré comme un dialogue sincère. La communication est authentique lorsqu’elle vise à déterminer la source du problème afin d’arriver à une résolution qui satisfasse les deux partenaires. Pour ce faire, elle nécessite :
ü L’écoute attentive qui implique d’écouter attentivement les préoccupations de sa ou son partenaire.
L’intelligence émotionnelle renvoie à la capacité de se mettre à la place de l’autre afin de comprendre ses émotions. Je recommande aux individus (homme comme femme) de forger ce type d’intelligence en eux parce qu’elle a toujours été nécessaire et elle devient de plus en plus indispensable dans les interactions humaines de manière générale pour une société plus bienveillante, et elle est encore plus utile dans les couples, particulièrement, qui sont appelés à durer possiblement toute la vie. En effet, après avoir pris en considération les commentaires de son ou de sa partenaire, le récepteur devrait faire un examen de conscience en se demandant comment il se sentirait à sa place. Il devrait se demander comment il aurait réagi si on l’avait traité de cette manière ou si on lui avait parlé de cette façon. Dès lors que la réponse est négative, il sera alors question de reconnaître la légitimité des sentiments de son ou sa partenaire et de se réajuster (la flexibilité). Il est fondamental de développer l’empathie dans les relations. Être en couple nécessite une protection mutuelle des partenaires. Cependant, il ne s’agit pas juste de protéger son/ sa partenaire contre les autres. Il faut aussi le/la protéger contre soi-même, c’est-à-dire contre ses propres imperfections, ses propres maladresses, et ceci n’est possible qu’en écoutant l’autre attentivement et en se réajustant, le cas échéant.
· La flexibilité : Elle consiste à changer de comportement, d’adresse ou de traitement envers son partenaire lorsqu’on a reconnu que ses émotions sont légitimes après l’avoir écouté. Elle
est d’une importance capitale et figure parmi les éléments fondamentaux, socles
de la solidité de la relation. Elle est souvent perçue comme une faiblesse, ce
qui fait qu’on remarque souvent des partenaires qui tendent à reproduire les
mêmes erreurs qui frustrent l’autre même après avoir écouté sa vision des
choses. Dans de nombreuses situations, lorsque la relation tourne mal et que
l'un des partenaires décide de mettre un terme à la relation, l'autre laisse
entendre qu'il/elle est toujours amoureux/se, qu'il/elle souhaite préserver la
relation, et qu'il/elle n'aurait pas voulu en arriver à la rupture. Un de mes
clients m’a avoué ceci : « j’ai redouté l'idée de paraître faible
devant ma femme, alors je devais lui montrer que j'avais l'autorité, c'est
pourquoi je ne voulais pas céder, même si je savais qu'elle avait raison.
J’aime ma femme malgré tout et je veux qu’on se réconcilie. Les choses seront
différentes cette fois-ci. Je serai plus soucieux de son état d’âme, je la
protégerai plus et je déploierai plus d’efforts. ». Sur ce, il est important de
savoir que la flexibilité n’est pas une faiblesse, au contraire, elle est un
signe de grandeur, de maturité, de responsabilité. Savoir qu’on a eu tort et
corriger ses erreurs est la preuve qu’on accorde de l’importance à son ou sa
partenaire et aussi à la réussite de son couple. Elle traduit, de surcroît, le
respect et la considération envers son ou sa partenaire. Les partenaires ont à
faire preuve de flexibilité dans leurs interactions pour le salut de leurs
couples.
Le recours à un spécialiste
d’accompagnement des couples : Si, dans l’absolu, malgré tous les efforts cités plus haut, le couple peine à
surmonter ses obstacles, il sera alors le moment d’envisager de recourir à un
spécialiste qui exerce la profession d’accompagnement des couples dans la
résolution de leurs conflits. Les avantages de recourir à un spécialiste sont
les suivants :
L’expérience : le / la spécialiste est souvent
doté (e) d’une expérience en résolution de conflits familiaux pour avoir
accompagné plusieurs couples dans des situations similaires. Son expertise sera
mise en œuvre afin d’aider à cheminer vers la solution idoine pour les
partenaires concernés.
Distanciation : étant donné qu’il/ elle n’est lié (e)
ni de près, ni de loin aux problèmes à résoudre et du moment qu’il/ qu’elle
n’est pas submergé (e) par les émotions qui animent les partenaires, il lui
sera plus facile de constater avec des idées plus claires la source du conflit
et de proposer un plan d’action adapté à la situation.
Neutralité : le/ la spécialiste est tenue par
l’obligation déontologique de faire preuve de neutralité dans la
gestion des dossiers mis à sa disposition. Autrement dit, il/ elle est tenu (e)
d’assister les couples vers la meilleure résolution sans jugement de valeur ni
partie prise. Il/elle ne prend part ni du côté de l’homme ni du côté de la
femme. Son rôle est juste d’aider ces derniers à mieux cerner leurs différends
et à trouver la meilleure résolution.
Discrétion : Faire preuve de discrétion fait partie des devoirs déontologiques du /de la spécialiste. En d’autres termes, l’accompagnateur ou l’accompagnatrice a l'obligation de préserver la confidentialité du litige qui a opposé les partenaires durant tout le processus d’accompagnement, et même après. Donc, les couples peuvent avoir l’assurance que leur vie privée sera hautement protégée.
Dans la société sénégalaise, les parents sont souvent ceux qui jouent le rôle d’intermédiaire, et des solutions favorables sortent souvent de cette médiation. Cependant, en raison du lien de sang qui les lie avec les partenaires, la médiation peut poser le problème de partialité. Les parents peuvent facilement prendre part, ce qui peut biaiser la médiation et envenimer les tensions.
En fin de
compte, cet article s’inscrit dans une logique de consolidation des couples. Il
vise à offrir aux couples de la matière pour traverser les conflits qui se
manifestent dans leur relation. L’objectif est de renforcer le respect mutuel,
l’amour, la compréhension, la compassion, la considération entre les
partenaires afin qu’on puisse accéder à des couples plus harmonieux.
HALIMATOU KEITA,
SOCIOLOGUE DE LA FAMILLE ET DE L’ÉDUCATION, ÉTUDIANTE EN COMMUNICATION ET RELATIONS PUBLIQUES!

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